Le GBL inquiète les autorités

Dix comas, dont un mortel, depuis la fin de l’année 2017 : les données de la préfecture de police de Paris sur les conséquences de la consommation du GBL, un solvant détourné en drogue, cousine du GHB, notamment dans des établissements de nuit parisiens, inquiètent les autorités.

Depuis quelques années le GBL (gamma-butyrolactone) est ainsi détourné à des fins récréatives. Ce solvant industriel était à l’origine utilisé pour nettoyer notamment les jantes de voitures. Cette nouvelle drogue de synthèse séduit les plus jeunes et gagne du terrain en France, notamment à Paris où, inquiet, le milieu de la nuit a demandé le soutien des pouvoirs publics. Depuis fin 2017, le GBL y serait à l’origine de dix comas.

Le 9 mars dernier, au «Petit Bain», un club du 13e arrondissement de Paris, deux jeunes hommes ramassent une bouteille d’eau sur la piste de danse. Ils boivent sans le savoir une drogue très prisée des jeunes de 17 à 25 ans : le GBL. Tous deux tombent dans le coma. Le plus jeune, âgé de 23 ans, décède quelques jours plus tard.

Contrairement au GHB, surnommé « la drogue du violeur », la GBL n’est pas sur la liste des stupéfiants, bien qu’elle soit interdite à la vente et à la cession au public depuis 2011. L’usage du GHB peut entraîner des vertiges, des nausées, des contractions musculaires ou des hallucinations, détaille le site drogues.gouv.fr. Il suffit d’une quantité infime de GBL pour en ressentir les effets, généralement entre 0,25 ml et 2 ml par prise. Les consommateurs doivent donc s’astreindre à un dosage extrêmement précis et espacer leurs prises, d’une durée généralement estimée à une heure, pour éviter le risque de surdose.

La consommation simultanée d’alcool, y compris à des doses modérées, majore le risque de coma, toujours selon le site drogues.gouv.fr. À trop fortes doses, et/ou consommée avec de l’alcool, la GBL devient un sédatif et un dépresseur respiratoire, qui peut entraîner une perte de conscience, communément appelée « G-hole », pouvant aller jusqu’au coma voire au décès.

La consommation de GBL n’est pas nouvelle en France : « Elle se pratique depuis des années par la communauté gay, qui connaît bien ce produit », explique Nicolas Buonomo, coordinateur de Fêtez Clairs, un dispositif de prévention en milieux festifs à Paris.

Selon l’Observatoire français des drogues et des toxicomanies, « depuis environ deux ans, le GHB/GBL connaît une nouvelle diffusion dans les clubs ». Son usage concerne aujourd’hui une population mixte (filles et garçons) et de plus en plus jeune (17-25 ans), précise l’Observatoire, qui voit en eux des nouveaux usagers qui n’ont qu’une faible connaissance du produit et des risques. Le nombre de comas signalé a ainsi doublé entre 2014 et 2017, selon l’Observatoire, alors que, ne serait-ce qu’à Paris, le nombre de comas pourrait atteindre 50 à 100 pour l’année 2018, contre une dizaine à peine il y a deux ou trois ans, selon les chiffres de la préfecture de police.